Un piège bleu Marine dans le JDD

22/09/2011

Le Journal du Dimanche

Le Journal du Dimanche

Curieux, de voir Laurence Parisot descendre dans l’arène politique pour cogner sur Marine le Pen. Pas déroutant non plus, la patronne du Medef étant peu suspecte de sympathies frontistes. Passé le coup médiatique, l’ouvrage, qu’elle signe avec sa fidèle conseillère Rose Lapresle, est un essai percutant qu’elles revendiquent au nom de leur expérience : Parisot, vice-présidente de l’institut de sondage Ifop, et Lapresle, ancienne prof de philosophie.

L’ouvrage n’a qu’un but : convaincre que l’idéologie de la fille Le Pen ne la distingue en rien de son père, à rebours de sa stratégie de « dédiabolisation » . Parisot et Lapresle décortiquent ses paroles. S’attardent sur ses prétendues différences avec le fondateur du FN, par exemple, le pseudo-reniement sur la banalisation des chambres à gaz. L’analyse sémantique est implacable. La présidente du Front national apparaît comme une continuation de l’extrême droite par d’autres mots, dans tous ses abîmes, xénophobie, antisémitisme, révisionnisme, passéisme… Son verbe était un leurre.

Le piège, c’est aussi cette rhétorique qui joue sur la peur – « le b. a.-ba de toutes les techniques de manipulation » – , cette apparente liberté de ton face aux élites et la référence régulière à des âges d’or disparus, flattant la nostalgie. « On la créditera même de l’audace de dire la vérité, dans la grande tradition de la comédie, des fous du roi et des bouffons » , déplorent les auteurs.

Parisot et Lapresle rediabolisent donc Le Pen. En désignant l’étranger comme origine des maux, le FN « ferme le débat et interdit la réflexion » . En prônant la sortie de l’euro, il engage la France dans une paupérisation mathématique. Ceux que le FN rebute trouveront dans l’ouvrage des clés et des arguments. Reste à savoir si les ouvriers et employés, pour beaucoup tentés par un bulletin Le Pen, achèteront un livre de la patronne du Medef.

Revenir